Ils ne font pas seulement des gâteaux. Ils racontent aussi des parcours, des chocs, des paris risqués. Et c’est sans doute pour cela que ces trois pâtissiers franco-algériens font autant parler en France aujourd’hui.
Leur point commun saute aux yeux. Ils viennent d’histoires différentes, mais ils ont tous réussi à imposer une pâtisserie créative, visible et très actuelle. Entre réseaux sociaux, boutiques qui attirent la foule et desserts qui ressemblent à des objets de luxe, leur succès dit beaucoup de l’époque.
Pourquoi ces trois noms attirent autant l’attention
Dans un monde où tout va vite, la pâtisserie ne se limite plus au goût. Elle doit aussi surprendre, émouvoir et donner envie de partager une photo. Ces chefs l’ont bien compris.
Ils travaillent dans des registres différents, mais ils touchent tous un même public. Un public qui aime les belles pièces, les histoires vraies et les créations qui sortent de l’ordinaire. C’est là que se joue leur force.
Leur réussite est aussi très parlante pour la diaspora algérienne. Elle montre qu’un parcours parfois compliqué peut finir en vrai triomphe. Et cela parle à beaucoup de monde, bien au-delà du milieu de la pâtisserie.
Fatima Zohra El Kebir, de l’échec au phénomène Tema’s Cake
Fatima Zohra El Kebir, connue avec Tema’s Cake, a un parcours qui marque. Née en Algérie, arrivée en France à 15 ans, elle a connu des débuts difficiles. L’adaptation n’a pas été simple, et son entrée dans la vie active s’est d’abord faite dans l’esthétique.
La pâtisserie n’était pas son plan de départ. Pourtant, l’envie a été plus forte. Sans formation et sans gros moyens, elle se lance seule, dans son garage, en autodidacte. Ce détail change tout dans son histoire.
Ses débuts ont été rudes. Une première boutique fait un flop en 2015. Puis une seconde tentative à Aulnay-sous-Bois lui permet enfin de tenir dans la durée, malgré des années sans revenus. Peu de personnes auraient continué aussi longtemps.
Le tournant arrive en 2024, quand elle décide de se montrer davantage sur les réseaux sociaux. À partir de là, la machine s’emballe. Ses pâtisseries trompe-l’œil séduisent, amusent et intriguent. Elles ressemblent à des fruits, des objets ou des créations presque irréelles.
Aujourd’hui, Tema’s Cake compte 5 boutiques à Paris et une à Dubaï. C’est une ascension impressionnante. Et surtout, c’est la preuve qu’une histoire personnelle forte peut devenir une marque puissante.
Mehdi Hadj Mebarek, le luxe accessible version pâtisserie
Mehdi Hadj Mebarek joue une autre partition. À 28 ans, il a déjà ouvert sa première boutique en plein centre de Saint-Étienne, après avoir lancé deux adresses à Alger et à Dubaï. Son parcours donne une impression de vitesse, mais derrière, il y a un vrai travail de fond.
Né à Saint-Chamond de parents algériens, il s’est formé en France auprès du chef étoilé Thierry Marx. Cette expérience lui a donné une base technique solide. Il l’a ensuite mélangée à sa propre sensibilité, ce qui donne une identité bien à lui.
Son idée est claire : proposer une pâtisserie inspirée du luxe, mais à des prix plus accessibles. C’est un pari intelligent. Beaucoup de clients aiment le raffinement, mais ne veulent pas payer des tarifs trop élitistes.
Sa nouvelle boutique française, Ambre, met en avant un mélange entre savoir-faire français et influences algériennes et orientales. Cette fusion plaît, car elle paraît moderne sans renier les racines. Et dans un marché saturé, ce petit décalage fait la différence.
Son audience en ligne compte déjà des centaines de milliers d’abonnés. Là encore, ce n’est pas anodin. Aujourd’hui, une pâtisserie peut aussi gagner en puissance grâce à l’image, au récit et à la présence sur les réseaux.
Souhila Aïssat, la montée en gamme à Marseille
À Marseille, Souhila Aïssat s’impose avec une autre approche. À 30 ans, cette pâtissière d’origine algérienne a ouvert Madame dans le 16e arrondissement de la ville. Elle a choisi de revenir dans le quartier de son enfance, à l’Estaque. Ce détail donne une dimension très personnelle à son projet.
Souhila est autodidacte. Elle s’est construite sans grand cadre scolaire, mais avec du travail, du goût et une vraie vision. Son ambition est simple à comprendre. Elle veut proposer des créations artisanales haut de gamme, dans un univers trompe-l’œil encore peu développé à Marseille.
Elle s’inspire de grands noms comme Cédric Grolet, mais elle ne copie pas. Elle a développé sa propre signature. Les produits de saison, le travail à la main et le soin du détail occupent une place centrale dans sa méthode.
Ses prix sont élevés. Cela peut diviser. Mais c’est aussi ce qui reflète le temps passé sur chaque pièce et le niveau de finition recherché. Et malgré les débats, la clientèle suit. Certaines personnes viennent même de loin pour goûter ses créations.
Son ouverture a aussi bénéficié d’un soutien politique local, avec la présence du maire de Marseille, Benoît Payan. Ce type de reconnaissance montre qu’une pâtisserie peut dépasser le simple cadre commercial et devenir un vrai sujet de ville.
Ce qui relie vraiment ces trois parcours
Ces trois pâtissiers franco-algériens n’ont pas le même style. Pourtant, ils partagent des points forts très nets. D’abord, le courage de se lancer dans un métier exigeant. Ensuite, la capacité à construire une identité forte. Enfin, l’intelligence d’utiliser les codes d’aujourd’hui sans perdre leur singularité.
Leurs réussites montrent aussi qu’en pâtisserie, la technique ne suffit plus. Il faut une histoire, une émotion, une image. Le public cherche quelque chose de vrai. Il veut être surpris, mais aussi reconnaître un visage, un parcours, une intention.
Au fond, c’est peut-être cela qui fascine le plus. Ces chefs ne vendent pas seulement des entremets ou des tartes. Ils vendent une forme de réussite, née entre deux cultures, avec beaucoup d’efforts et une vraie dose d’audace.
Pourquoi leur succès parle autant à la France d’aujourd’hui
Leur popularité raconte aussi un changement plus large. La pâtisserie française reste une référence mondiale, mais elle se transforme. Elle s’ouvre à de nouvelles influences, à de nouveaux récits et à de nouvelles façons de séduire le public.
Dans ce contexte, les parcours franco-algériens prennent une place particulière. Ils montrent une France plus mixte, plus mobile, plus connectée. Et cette réalité touche des milliers de familles qui se reconnaissent dans ces trajectoires.
Il y a aussi quelque chose de très humain dans ces histoires. L’échec n’est pas caché. Le doute non plus. Au contraire, tout cela devient une partie du succès. C’est peut-être ce qui rend ces trois noms si puissants aujourd’hui.
Fatima Zohra El Kebir, Mehdi Hadj Mebarek et Souhila Aïssat n’ont pas simplement trouvé leur place. Ils ont changé la place qu’on donne à certains parcours dans la pâtisserie française. Et, franchement, c’est une évolution que beaucoup suivent de près.






